Ruben Um Nyobè

Né en 1913 à Eog Makon dans l’alors colonie allemande du Kamerun, Ruben Um Nyobè a été un syndicaliste et homme politique camerounais, leader du mouvement Union des Populations du Cameroun (UPC). Il est mort assassiné par l'armée française le 13 Septembre 1958 à Libelingoï.

À sa naissance le Kamerun est une colonie allemande qui sera partagée par la Société des Nations entre la France et la Royaume-Uni à la fin de la seconde guerre mondiale. Nyobè est scolarisé dans la partie du Cameroun sous mandat français et deviendra greffier de justice et puis syndicaliste au sein  de l'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC), soutenue par la CGT métropolitaine. Il deviendra secrétaire général du syndicat en 1947.
Le 10 Avril 1948 est créée à Douala dans un café-bar dénommé « Chez Sierra » l’Union des Populations du Cameroun (UPC) et malgrés que Nyobé ne soit pas présent au moment de la fondation, il en devient secrétaire général dès Novembre de la même année. L’UPC adhère au Rassemblement Démocratique Africain (RDA), fondé par Houphouët à Bamako (Mali) en 1946, lors de son second congrès en Janvier 1949 et Ruben Um Nyobè en est élu vice-président.
La stratégie politique de Nyobè et de ses compagnons est de profiter du statut juridique ambigu de territoire sous tutelle. La France et le Royaume-Uni doivent en effet rendre compte aux Nations Unis de leur gestion du territoire qui leur a été confié sous tutelle. Les upécistes peuvent aussi jouer sur la méfiance réciproque entre les français et les britanniques. Ils demandent la réunification du territoire et un délai pour la souveraineté.
Malgré sa pénétration capillaire sur le territoire, comme en témoignent plusieurs rapports de Police, l’UPC perd régulièrement les élections truquées par l’administration coloniale. Nyobè ne réussira pas non plus à faire valoir ses arguments devant la Commission de tutelle de l’assemblée générale des Nations Unis à New York. L’Onu se révèle n’être que la tribune où les grandes puissances légitiment leur realpolitik.
Pressée par les grands vainqueurs de la II Guerre Mondiale (USA et URSS), la France a compris que la question indépendance doit être affrontée et décide d’anticiper les nationalistes en les écartant de l'échiquier politique et en les remplaçant par une élite francophile. Suivant un schéma déjà vu à Madagascar, après les émeutes de Mai 1955, l’UPC est déclarée communiste, terroriste et enfin mise hors-loi le 13 Juin 1955. Les upécistes prennent alors le chemin du maquis et commencent la lutte armée à travers le Comité National d’Organisation (CNO) très peu soutenus par la Chine et l’URSS, qui ne les considèrent pas assez communistes.
L’armée française va appliquer au Cameroun les méthodes de la guerre psychologique déjà expérimentées en Indochine et en Algérie, au cours d’un conflit qui officiellement n’a jamais eu lieu mais qui a fait au moins 100.000 morts surtout parmis les Bamiléké.

Ruben Um Nyobè fut abattu par l'armée française le 13 septembre 1958 dans la forêt où il se cachait près de son village natal. D’autres leaders du mouvement furent aussi assassinés: Félix-Roland Moumié (président de l’UPC, empoisonné à Genève en 1960 par les services secrets français) et Ernest Ouandié (successeur de Moumié, fusillé le 15 janvier 1971 à Bafoussam par l'armée camerounaise).